Embryon humain au stade blastocyste
L'embryon humain au stade de blastocyste.

 
 

Qu'est ce qu'une CELLULE SOUCHE EMBRYONNAIRE ?

 
 
  Le 6 novembre 1998, le Financial Times titrait: "La médecine entre dans le domaine de la science-fiction." Quant à lui le New York Times écrivait: "Des scientifiques isolent les cellules à l'origine de la vie." Libération, en France: "L'embryon humain fournit les premières cellules bonnes à tout faire." C'est ainsi que quelques grands quotidiens saluaient l'obtention de cellules souches embryonnaires humaines. Appelons les tout de suite par commodité "cellules ES", ES signifiant "Embryonic Steam", "souche embryonnaire" en anglais.
Que sont ces cellules ES ? Ce sont des cellules obtenues à partir d'un embryon à un stade très précoce. On les appelle "souche" car elles vont être à l'origine des lignées cellulaires d'un individu, et bien sûr "embryonnaire" car elles sont issues d'un embryon. Fin 1998, deux équipes, à peu près simultanément, mais au travers de deux approches différentes obtinrent des cellules ES. La première équipe a travaillé sur un blastocyste, c'est à dire un embryon précoce, avant son implantation dans la muqueuse utérine. Cet embryon de moins de sept jours est grossièrement composé de trois parties: le trophoblaste constitué des blastomères périphériques (grosses cellules résultant des premières divisions de l'oeuf fécondé), la masse cellulaire interne constituée d'autres blastomères plus centraux, et le blastocèle qui est une grande cavité remplie de liquide à l'intérieur de l'embryon.
 
  Blastocyste en vue externe Blastocyste en coupe  
  Voici l'aspect d'un blastocyste: à gauche, en vue externe et à droite, en coupe. On peut voir sur le blastocyste de doite une sorte de capsule externe qui n'est autre que le trophoblaste, une cavité, le blastocèle, et un amas au fond, la masse cellulaire interne. La masse cellulaire interne donnera à elle seule l'ensemble de l'embryon. Le trophoblaste séparera l'embryon de l'utérus de la mère et donnera le placenta. Quant au blastocèle, il est amené à régresser lors du développement embryonnaire par l'agrandissement de la cavité amniotique et de l'embryon.
La première équipe a donc prélevé des cellules de la masse cellulaire interne, cellules aux énormes potentialités puisque capables de donner tous les types cellulaires et tissulaires d'un individu. Précisons tout de suite, quelque chose d'absolument essentiel qui doit être en permanence dans l'esprit des législateurs et de toute personne qui serait confrontée à des problèmes éthiques: les cellules souches embryonnaires ne sont que des cellules pluripotentes et non totipotentes. Qu'est-ce que cela signifie ? Une cellule totipotente est une cellule capable de donner à elle seule un embryon si on l'inplante chez une mère porteuse. Un ovocyte (ovule) fécondé par un spermatozoïde donne la cellule oeuf, qui est totipotente. En revanche au stade blastocyste une première différenciation est déjà intervenue: les cellules de la masse cellulaire interne se sont différenciées des cellules du trophoblaste. Bien que pouvant donner les cent types de cellules constituant un organisme, les cellules ES sont incapables si on les réimplante dans un utérus de donner un embryon puis un foetus. Elles seraient immédiatement éliminées par l'organisme porteur et ne pourraient pas se développer, ne pouvant pas donner de placenta. Les cellules ES n'ont donc que le statut de cellules pluripotentes. Cette constatation est essentielle pour l'établissement des lois et pour le respect de l'éthique: les recherches sur les cellules ES ne se font pas sur des cellules capables seules de donner un embryon, il n'y a donc pas de danger ni de culpabilité morale à expérimenter et modifier quelque chose qui de toute façon n'est pas susceptible de donner un être vivant. Nous développerons plus avant cet idée avec d'autres arguments dans les parties réservées à l'utilisation des cellules ES face à l'éthique.
La deuxième équipe de chercheurs a obtenu des cellules souches à un stade un peu plus tardif du développement embryonnaire. Ils ont récupéré ce qu'on appelle les cellules germinatives primitives qui sont une sorte de cellule ES. Ce sont les cellules souches qui donneront bien plus tard les cellules germinales de l'individu (les cellules germinales sont les ovogonies chez la femme précurseurs des ovocytes (ovules) et les spermatogonies chez l'homme, précurseurs des sprematozoïdes). Ces cellules souches s'individualisent très tôt dans l'embryon car elles vont en sortir à un stade précoce et s'établir provisoirement dans les parties extra-embryonnaires (au sein des dérivés du trophoblaste). On suppose que cette sortie viserait à empêcher la méthylation de l'ADN de ces cellules, méthylation qui a lieu dans les autres cellules de l'embryon et qui réduit leur pluripotentialité. Ainsi les cellules germinales garderont un potentiel pluripotent identique aux cellules de la masse cellulaire interne de l'embryon au stade blastocyste. Cette pluripotentialité conservée permettra aux cellules germinales de donner des gamètes qui après fécondation pourront donner un nouvel individu. La deuxième équipe a donc reccueilli ces cellules juste avant leur migration extra-embryonnaire (alors qu'elles sont indifférenciées, c'est à dire identique chez l'embryon précoce masculin et féminin). On comprend donc qu'elles sont des analogues de cellules ES.
Ces deux méthodes de reccueil différentes aboutissent au même matériel biologique: des cellules pluripotentes aux applications innombrables: les cellules souches embryonnaires.
 
 
 

Retour à la page d'accueil